En Inde : une crise de l’eau sans précédent

La pénurie d’eau en Inde s’aggrave de jour en jour. En cause : une population en croissance rapide, une demande croissante en eau et une mauvaise gestion des ressources. Selon un rapport de WaterAid, plus d’une personne sur dix n’a pas accès à de l’eau potable.

Le « Day Zero » pour l’eau

Le Day Zero » est l’estimation du moment où les robinets dans la ville n’alimentent plus les populations. La ville du Cap en Afrique du Sud « asséchée », a réussi à repousser son « Day Zero » à 2019 grâce aux efforts d’économie d’eau des habitants. Mais il en reste encore beaucoup à faire. En Inde, il n’est plus question de « Day Zero » pour les résidents dans de nombreuses régions du pays, où le système de distribution d’eau est coupé depuis longtemps. Les habitants se tournent alors vers le forage de puits ou l’achat d’eau.

Des nappes phréatiques surexploitées

Une population en expansion, une demande croissante en eau provenant de l’agriculture et de l’industrie, et une mauvaise gestion de l’approvisionnement en eau ont amené à faire baisser les niveaux d’eau souterraine en Inde. Cette réalité, combinée à la hausse des températures, menace d’aggraver la pénurie, disent les experts.

Une situation géopolitique explosive

Selon un rapport WaterAid de 2018, près de 163 millions de personnes sur 1,3 milliard d’habitants, soit plus d’un habitant sur dix, n’ont pas accès à de l’eau potable à proximité de leur domicile.Michael Kugelman, directeur adjoint et expert sud-asiatique souligne que les pays jusqu’ici en conflits, sont forcés de coopérer et de partager les ressources en eau car beaucoup de fleuves et de rivières longent ou traversent des zones politiquement contestées et tendues ».

« La croissance démographique, la mauvaise gestion de l’eau et les tensions géopolitiques sont des facteurs aggravants. Avec les impacts du changement climatique, nous avons les parfaits ingrédients d’une catastrophe sécuritaire nationale, pouvant irradier les pays voisins ».

Les fleuves en partage

Pour étayer ce scénario, l’Inde est empêtrée dans des conflits liés à l’eau avec ses voisins de l’Est et de l’Ouest – le Bangladesh et le Pakistan – qui l’accusent de monopoliser les flux d’eau qui se dirigent vers eux en aval. Au nord et au nord-est, cependant, l’Inde craint une perte d’eau vers la Chine en amont, qui construit une série de barrages sur le fleuve Tsangpo, appelée Brahmaputra lorsqu’elle se jette dans l’est de l’Inde. Alors que les fleuves transfrontaliers de l’Inde sont régies par des traités sur la manière dont l’eau doit être partagée, les différends augmentent à mesure que les pénuries d’eau attisent les tensions.

Mis à part au Bhoutan et au Népal, la disponibilité en eau par habitant en Asie du Sud est déjà inférieure à la moyenne mondiale. La région pourrait alors faire face à une pénurie d’eau généralisée.Près de 600 millions de personnes en Inde risquent fortement de ne plus pouvoir compter sur les eaux de surface – y compris dans le nord-ouest et le sud du pays, où une grande partie du blé et du riz sont cultivés, selon le World Resources Institute.

Des prévisions peu encourageantes

La Banque asiatique de développement prévient : l’approvisionnement en eau en Inde pourrait chuter de 50% d’ici 2030. Ce qui la mettrait en danger ultime. La plupart des villes perdent entre un tiers et un cinquième de leur eau par le biais de piquages sauvages ou de fuites à travers des tuyaux vétustes, et nous ne traitons et ne réutilisons pas suffisamment les eaux usées », a-t-elle déclarée. Bangalore, Karachi et Kaboul sont parmi les 10 villes du monde qui sont « au bord d’une crise imminente de l’eau », selon un rapport publié le mois dernier par le Centre pour la Science et l’Environnement (CSE), un groupe de recherche et de défense basé à New Delhi.

Bangalore, autrefois connue sous le nom de «ville des lacs», est aujourd’hui grandement alimentée par l’eau des nappes profondes, qui n’est pas reconstituée naturellement et elle ne pourra bientôt plus alimenter la population de la ville toujours croissante. Les « Day Zeros »sont inévitables à moins que les villes ne poussent à une utilisation rationnelle de l’eau – y compris la collecte des eaux pluviales et la réutilisation des eaux usées, ainsi qu’une irrigation respectueuse des besoins en eau.

Un modèle agricole à bout de souffle

L’Inde est l’un des plus gros consommateurs d’eau souterraine au monde. L’agriculture irriguée est montrée du doigt, encouragée par les subventions de l’état, sans prêter attention aux méthodes d’économie d’eau. Le premier arrivé est le premier servi. Néanmoins, certains États prennent des mesures pour mieux gérer l’eau. Le Karnataka et le Maharashtra exigent que les industries utilisent les eaux usées urbaines traitées, le Gujarat et d’autres États prévoyant également des mesures similaires. Mais la réglementation de l’utilisation de l’eau est une question politiquement sensible – quelques décideurs politiques sont désireux d’y remédier, a déclaré M. Kugelman. C’est notamment le cas lorsque des milliers d’agriculteurs quittent les zones rurales asséchées ou se suicident à mesure que leurs récoltes se détériorent.

D’ici 2050, la pénurie d’eau sera à l’origine de l’exode de 50 à 70 millions de personnes en Inde. Ceci sera notamment vrai au Bangladesh, au Népal et en Chine, selon une étude du Strategic Foresight Group de Mumbai. »Avec une plus grande vers les villes, il y aura des perturbations sociales accrues et un plus grand stress sur les ressources en eau dans les zones urbaines », a prédit M. Kugelman.

A lire :
Ces femmes qui reprennent en main l’agriculture [Le Monde diplomatique]
Pénurie d’eau dans la « Silicone Valley » indienne [Sciences et Avenir]

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